Monday, 28 May 2012

Les super-pouvoirs du transmédia

Est-ce media ? Est-ce multimedia ? Est-ce du crossmedia ? C’est le TRANSmedia.
D’après, Henry Jenkins, célèbre analyste médias américain, la convergence ne s’opère pas au niveau des appareils, mais au niveau des interactions de consommation. La convergence est un process plutôt culturel que technologique, dans un monde où chaque histoire, image, son, idée, marque et relation ‘joue’ de façon autonome à travers toutes les plateformes media possibles.*
Au début, c’était le Blair Witch Project.
Un film dont le mythe est généré à travers le site Internet. Un mystère dont fait éco le site web, en créant des rumeurs et cultivant le suspens. Le site web devient prolongement de l’univers narratif. La même année sort le premier épisode de ‘The Matrix’ - franchise, basée sur le Storytelling Transmedia. Suivent, Star Wars, Dr Who, Pokeman …
Douze ans après, le futur du cross-media est le transmédia.
Avec la prolifération des moyens d’interaction (réalité augmentée, geolocalisation …) les ‘fans’ explorent de plus en plus de véhicules du storytelling transmedia. Le plaisir vient de la satisfaction d’assembler les morceaux de l’histoire, mais aussi – à les partager.
Astérix chez le transmédia
A l’occasion d’Halloween, le Parc Astérix a lancé un film interactif. Les briques de storytelling : une vraie annonce d’un faux film d’horreur, diffusée en cinéma et sur Internet ; un film interactif - l’histoire se déroule dans la vidéo et dans l’espace global de You Tube ; les personnages du film sont présents dans le parc la nuit de Halloween et interagissent avec les visiteurs qui, eux, en produisent des photos et vidéos, qui se retrouvent online.
Dexter
Les éléments de l’univers.
  • La série télé
  • Campagnes virales :
Pour le lancement de la deuxième saison, la chaîne FX a mis en place la campagne « The Dexter Hit List », dont le dispositif comportait une application vidéo permettant aux internautes d’envoyer à leurs amis un enregistrement personnalisé d’une conférence de presse et SMS de la part de Dexter :
« Salut. Je me dirige vers le UK plus tôt que tu ne l’imaginais. Dexter ».
Suivait la réception d’un email avec la vidéo interactive de la conférence de presse pendant laquelle la police londonienne annonçait qu’elle identifiait comme le destinataire du message comme une cible potentielle d’un crime faisant référence à Dexter. Le tout était également relayé au travers d’une campagne d’affichage, TV et presse. La campagne a créé un tel « buzz » qu’à Londres, la police de Scotland Yard avait reçu des appels effrayés pour dénoncer le criminel.
Pour le lancement de la deuxième saison aux Etats-Unis a été choisie une campagne de street marketing. Douze villes américaines ont transformé leurs fontaines publiques en scènes de crime et ont fait jaillir du liquide de couleur de sang.
- Pour la troisième saison, Showtime a lancé une campagne de publicité parodiant les couvertures de différents magazines références aux Etats Unis.
- La quatrième saison de Dexter a fait surgir le spin-off « Dexter : Early Cuts », une web-série animée positionnée en tant que prequel de la série, diffusé en 2009 sur le site de Showtime.
- La deuxième saison de la web-série Early Cuts est sortie en octobre 2010. L’histoire commence juste après la mort d’Harry, le père adoptif de Dexter.
- Sur You Tube : vidéos interactives permettant de mener l’enquête dans la peau de Dexter.
- Jeu Flash : lancer le plus loin possible des sacs poubelle contenant probablement des cadavres en morceaux.
- Le jeu sur You Tube Where’s Dexter - retrouver Dexter au milieu de la foule.
- Jeu Blood Spatter Analysis - apprendre à identifier aussi bien que Dexter quelles armes ont été utilisées sur les scènes de crime.
- Jeu 3D sur iPhone et iPad.
- The Hunter Prey : l’ARG de Dexter (jeu à réalité alternée)
-
ARG pour le lancement de la saison 5, avec Twitter, Facebook, Youtube, applications mobiles, sites miroirs etc. ont bien évidemment utilisés tout au long de l’enquête.
- Une application Facebook : Dexter know the code qui reprend le principe des quizz.
- Toujours sur Facebook, une fan page administrée par Showtime permet d’accéder à une boutique de produits dérivés.


L’idée est de proposer de multiples entrées dans une histoire pour favoriser la circulation de l’audience d’un média à l’autre. Le transmédia cherche à proposer une expérience de divertissement enrichie qui favorise la participation et l’engagement des consommateurs. Pour l’annonceur, l'exposition de l'histoire sur différents médias peut correspondre à une possibilité de mise en avant de sa marque plus subtile, intense et pérenne.

Transmedia sur ‘double écran’
Le célèbre show Top Chef exploite la tendance du ‘double écran’, en permettant aux concurrents éliminés de revenir dans le jeu ‘on air’ suite à des épreuves en ligne. L’expérience est conçue en double sens, télé-plateformes digitales.
Axe vient de lancer sa nouvelle campagne de pub Axe Anarchy avec une BD dont les internautes détermineront l’histoire. L’œuvre collective est annoncée comme la première bande dessinée créée en temps réel, façonnée par les commentaires des internautes, mettant en avant les lecteurs. Le projet est disponible jusqu’au 30 Avril sur You Tube. En 2010 Luc Besson et Orange ont lancé déjà un projet de storytelling collaboratif autour de la création d’un film, sur weareproducers.com.
Avec le transmedia, les créateurs se rapprochent de la communauté de fans qui peuvent interagir avec l'histoire, la modifier, la propager. La co-scénarisation participative transforme les fans en super-ambassadeurs et leur donne du pouvoir dans la scénarisation. Cet engagement plus profond est à démontrer afin de convaincre les annonceurs à oser l’aventure.
Les pièges du transmedia se cachent dans la bonne gestion de la relation réel-fictionnel (voir plus-haut, les victimes de campagne virale qui embêtent la police londonienne) et l’équilibre entre les éléments (ne pas tomber dans le jeu et la recherche du buzz à tout prix, en s’écartant du concept d’un système global).

*Convergence Culture: Where Old and New Media Collide, New York University Press

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